1 truc à faire à Beaumont-en-Auge

IMG_0378Si vous flânez sur les petites routes sinueuses du pays d’Auge, dans l’arrière-pays normand, à une dizaine de kilomètres de la côte, loin de la foule de Deauville et ses enfants qui se jettent dans l’eau gelée à grand renfort de hurlements stridents, navigant entre haras, collines verdoyantes et maisons à colombages et aux toits de chaume, arrêtez-vous à Beaumont-en-Auge, 442 habitants, deux rues bordées de maisons de poupées en bois, briques ou ardoises, une place coquette qui donne des envies de pétanque, une église du XIe siècle qui donne des envies de confession et une vue panoramique sur la campagne environnante. Surtout, arrêtez-vous dans un de ses restaurants, le P’tit Beaumont, le Lipp du Calvados, concurrent sérieux aux Vapeurs de Trouville en fréquentation, brasserie de village comme Dumas les aimait.

IMG_0349Le P’tit Beaumont, c’est le choc des cultures autour d’une table simple, bonne et pas chère. D’un côté les paysans du coin et les vieux de la vieille de la région dont c’est la cantine, de l’autre les notables des villes environnantes, le foulard de soie autour du cou, l’air sûr du propriétaire terrien, la lèvre molle du notaire féru de gravures du XIXe siècle et de jeunes filles de 17 ans et les vacanciers en Tod’s venus en coupé Mercedes de Deauville s’encanailler en mangeant un menu à moins de 20€ dans un coin dont le tout-Paris n’a jamais entendu parler. Shocking.

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Ça donne un mélange cocasse qui se côtoie au coude à coude devant le buffet d’entrées pour s’accorder sur la suprématie des bulots sur les bigorneaux, sans que plus personne ne se soucie que vous possédiez un haras ou seulement un jeu des petits chevaux.

 

Genius tip : Si c’est complet, et ça l’est souvent si, grand fou, vous n’avez pas réservé (vous vivez dangereusement, vous êtes un 007 de la restauration estivale), allez au Café des Arts, sur la place de Verdun (la seule place du village en fait). L’amabilité des tenanciers déroutera les Parisiens mais la bonne cuisine fait passer toutes les excentricités…

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Troy Childish Glover

Si comme 99,7% de la population tu ne sais pas qui est ce garçon, ouvre bien tes écoutilles.

Donald Glover

Non, malgré la ressemblance du nom et la noirceur de la peau, Donald Glover n’est pas l’enfant caché de Danny Glover, l’inoubliable flic « trop vieux pour ces conneries » de L’Arme fatale 1, 2, 3 et 4. Si tu veux tout savoir, son papa était postier.

Outre le stand-up et autres blagounettes générées pendant ses jeunes années, il écrit pour 30 Rock avec Tina Fey (si tu ne connais pas cette série, regarde-la promptement). Le public fait un peu mieux sa connaissance quand il apparaît au tout début de la saison 2 de Girls (si tu ne connais pas cette série, idem, mais ça devient gênant pour toi de ne rien connaître à ce point, et un peu triste que tu te refuses si cruellement les plaisirs de la vie…).

Troy

Community (évidemment tu n’as jamais vu cette série, on a bien compris que tu es à LA RAMASSE) est l’une des séries les plus géniales de ces dernières années. Pour être précis, les trois premières saisons sont extraordinaires, la quatrième est une calamité et la cinquième, en cours, signe l’essoufflement d’une équipe qui gagnait. D’autant que Troy, le personnage joué par Donal Glover, ancien quarterback et prom king naïf et sensible, part en plein milieu. Il fait bien de quitter le navire avant l’inévitable naufrage. Mais Troy, ce sont des grands moments de comédie, des répliques absurdes et surtout le très efficace duo Troy & Abed (in the moooooooorning ! Bon, ça ne fait rire personne, il faut vraiment vous y mettre).

Childish Gambino

Quand on le connaît dans Community, on a un peu de mal, au début, à le prendre au sérieux en rappeur qui dit des gros mots et ne respecte pas beaucoup les femmes. On s’y fait finalement parce qu’il est bon et totalement crédible sur scène, même si, à l’opposé des rappeurs qui brûlent la vie par les deux bouts de la seringue (oui Lil Wayne on parle de toi), sa tête d’enfant trop mignon ne fait peur à personne. Son nom de scène, il le doit au Wu-Tang Name Generator, et il lui va bien.

Consacré désormais corps et âme à sa carrière musicale, il était à Paris ces derniers jours, sur le plateau du Grand Journal et en concert lundi soir au Trabendo, petite salle du parc de la Villette, pour chanter son dernier album, Because the Internet, et mouiller son t-shirt blanc pour notre plus grand bonheur.

Genius tip : Connais-le maintenant, comme ça, le jour où il devient une sorte de Pharrell Williams (doublé d’un Jerry Seinfeld ?), tu pourras te la raconter comme il faut. Et ça, c’est quand même le plus important.

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Noël, c’était mieux avant ?

Avant, Noël, on s’en faisait une fête. On attendait, on trépignait, on était au bord de l’hystérie dans son pyjama à rennes. On cochait des mois en avance dans des catalogues ce que le Père Noël, ce gros plein de soupe, allait nous apporter, de préférence par milliers. Au dîner, on sautait sur tout le monde, on faisait des blagues pourries et ça faisait rire alors que d’habitude on se prenait une dérouillée si on coupait la parole aux grandes personnes. Avant, tout le monde était sur son trente et un, les dames sortaient leurs perles, les hommes leurs plus beaux cachemires (oui parce qu’avant on avait de l’argent, on n’était pas obligé des s’acheter des polaires chez Quechua pour passer l’hiver). Avant, on s’enivrait de l’odeur du sapin, s’émerveillait des décorations rouges et dorées, on espérait la neige pour l’écraser dans la figure de nos cousins.

Maintenant on ne trépigne plus, on baille. On s’enivre de rouge pour faire passer la biche trop cuite. On se rend compte qu’on ne peut pas blairer 80% de sa famille, qui, de toute façon n’a absolument rien à faire de ce qu’on dit, qu’on voit les autres régulièrement et qu’il y a, en gros, un pèlerin avec qui on est content de partager du foie gras une fois par an. Maintenant, soit on achète et emballe soi-même ses propres cadeaux, ce qui manque terriblement de suspense au moment de l’ouverture, soit il y a trop de suspense et là, c’est le drame, on se rend compte que les membres de sa famille savent à peine de quel sexe on est (« euh mamie, il me semblait qu’on se connaissait depuis 30 ans, mais je me goure peut-être, peut-être que t’es morte depuis longtemps et que c’est un drone qui te remplace, en tout cas merci pour la trouilloteuse Hello Kitty, ça me fait hyper plaisir »).

Mais avant, on était jeune et naïf, voire un peu grave (tu te rappelles les après-midi occupées à empiler des bouts de bois comme un neuneu ?). Finalement, c’est beau de vouloir toujours voir sa famille alors qu’on a découvert depuis longtemps qu’ils étaient une bande de gros menteurs (cf. le bobard du père Noël), de dégénérés (cf. les règlements de compte autour du sapin) et d’alcoolo (cf. les 20 cadavres de bouteilles après le réveillon à 7).

Et puis, ce qui est beau maintenant surtout, c’est que si on ne peut vraiment pas supporter sa famille, on n’est pas obligé de la voir, on est grand on fait ce qu’on veut ouais d’abord. Et il y a toujours les copains, qui ne vous laisseront jamais tomber, parce que c’est ça l’esprit de Noël.

Genius tip : Pour mettre une ambiance comme chez Mariah Carey dans ton deux pièces, lance-toi dans les chants de Noël : Have yourself a merry little christmas, let your heart be light… Et joyeux Noël !photo 1

Rire une dernière fois avant 2014

Ici, on aime passionnément Chris Esquerre pour ses petits haussements d’épaule, mais surtout pour son humour absurde, gracieux et inattendu. Rien que son « Ce site est hideux », noté tout en bas de son site internet, est magique.

Chris Esquerre est un mélange parfait de délicatesse et d’horreur. Il rappelle ce copain qui vous dit de sa voix douce et rassurante, en vous caressant les cheveux, que vous avez vraiment beaucoup grossi et vous demande, avec une mine concernée, pourquoi vous êtes si moche ces derniers temps. C’est la quintessence de l’aigre-doux et sa maîtrise du non-sens vous propulse loin de tout ce qu’on entend en ce moment sur les scènes parisiennes (les vannes communautaires, oui, oui, on sait).

Comme à l’époque où il officiait le midi sur Canal+ dans l’émission L’Édition spéciale, il présente dans son spectacle au Grand Point Virgule, entre autres loufoqueries (comme une présentation d’une longueur saugrenue du « déroulé du spectacle »), une « revue de presse des journaux que personne ne lit » qui nous avait bien manquée.

Avec son air blasé, ses longs soupirs et sa petite mou boudeuse, il nous balade dans une autre dimension : rien n’est jamais attendu, on ne peut deviner ce qu’il va dire à la seconde suivante. C’est parce qu’il évolue sur une autre planète que la nôtre et semble percevoir les choses sous le prisme déformant du grotesque et avec toujours un haussement d’épaule de décalage.

Genius tip : Il a vendu son âme au diable (enfin, seulement à un obscur vendeur de prises) mais les pastilles « Le Grand changement », dans lesquelles il campe une Valérie Damidot en salopette bleue et manteau de fourrure, sont tellement drôles qu’on s’en fiche.

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Tango, kitsch et perte de temps

D’habitude, Sidi Larbi Cherkaoui est un chorégraphe talentueux. Mais avec Milonga, donné dans la Grande Halle de La Villette, Sidi rompt avec ses habitudes.

Sidi se fourvoie. Ce spectacle, qui prétend « casser les clichés liés aux milongas » et « faire entrer le tango dans le XXIe siècle », rassemble brillamment tous ces clichés : kitsch à tous les étages, robes de péripatéticiennes, longs regards de pasión entre les danseurs, musique entendue dans tous les films, grands jetés de jambes dans tous les sens. Sans oublier ces séquences silencieuses et magiques entre les danseurs : « Amor, je ne te vois pas… ah mais c’est parce que yo te tourne le dos », et elle « Gustavo, sers-moi dans tes bras velu, non pousses-toi tu me dégoûtes, mais reviens querido ! yo soy una mujer pasionada donc mon comportement n’a aucun sens », et lui « Mujer, tu me rends loco, viens-là que je te traîne un peu par terre. » Cerise sur le bandoneón, l’image des danseurs est démultipliée en décalé sur un grand écran derrière eux : on croirait un spectacle à touristes devant le palais des Papes en plein mois d’août. Sidi a visiblement arrêté de comprendre le sens du mot modernité en 1993.

Sidi est à côté de la plaque. Qui a déjà mis un orteil dans une milonga sait que l’émotion du tango, sa beauté même, tient à la magie qui émane de deux corps qui se rencontrent et improvisent ensemble, dans une entente intuitive et sensorielle, une chorégraphie qui se crée en dansant. Pas à sa technique, pas à sa rapidité d’exécution, pas à son « regarde comme je sais mettre ma jambe derrière ma tête » (madame ça fait très peur, arrêtez ça tout de suite s’il vous plaît).

Sidi vient de s’acheter un iPad. Alors il nous place une séquence grotesque, très gênante pour le spectateur, de photos de ses vacances à Buenos Aires, slidée sur scène en grands gestes théâtraux par l’un des danseurs qui passe un vrai moment de solitude.

Sidi a regardé La Leçon de Tango de Sally Potter. Et on est content pour lui, c’est bien de regarder des films. Mais est-il nécessaire de quasi plagier l’une de ses séquences ? On pourrait parler d’hommage, mais dans un spectacle mou du genou et du bulbe comme celui-là, on a plus envie de dire « foutaises ». Et de s’enfuir au bout d’une demi-heure.

Genius tip : Franchement, vas plutôt dans une vraie milonga, il y en a des dizaines à Paris et suffisamment de danseurs qui ont de la technique et aiment se la raconter pour t’en mettre plein les yeux.

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Des vertus du massage en milieu urbain

Quel est cet homme qui, à la nuit tombée, sort, le pied léger et la mine décontractée, le regard fuyant et le col relevé, de ce petit établissement obscur habillé de lumières clignotantes ? C’est l’un de vos voisins, votre boulanger, votre ancien prof de maths peut-être. C’est un homme qui vient de se faire masser. Enfin plutôt « masser ».

Si tout le monde est déjà passé devant ces instituts d’un genre douteux, certains ont encore l’innocence de croire que ces demoiselles, toutes plus chinoises les unes que les autres, ne font que répandre autour d’elles les bienfaits du shiatsu. Que nenni malheureux ! Il s’opère derrière ces rideaux sales le commerce sexuel le plus banal des quartiers bourgeois : ça y pratique la « finition manuelle », coquetterie de ces messieurs, à tour de bras.

On ne peut que déplorer la prolifération de ces instituts qui se distinguent des vrais centres de massage par une certaine opacité de la devanture et l’éternelle guirlande clignotante, peut-être subtile référence aux lumières rouges d’Amsterdam, s’interroger sur la misère sexuelle qui motive cette offre croissante et se demander s’il est bien nécessaire de payer 35 euros (tarif en vogue dans le 17e) pour se faire palucher par une fille qui fait la gueule (n’en déplaise aux 343 salauds, toutes les femmes ne pratiquent pas le sexe tarifié avec entrain) alors que, chacun le sait, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Genius tip : Mesdames, si vous vous égarez dans un de ces lieux, il est possible de s’y faire masser normalement, on ne vous proposera (sûrement) pas d’extra. Mais, comme ce n’est pas pour cette compétence qu’elles sont recrutées, que les jeunes femmes pratiquent le massage chinois, une torture, et que vous allez sans cesse vous demander ce qu’il se passe dans la cabine d’à côté, vous risquez de passer un sale quart d’heure et de ne plus jamais regarder une guirlande de Noël comme avant.

Le monde étrange du Salon de la photo

Il existe des milieux comme ça, comme le Salon de la Photo, des milieux où il n’est pas facile d’être une femme.

IMG_2042Déjà, parce que la femme y est une denrée rare. Si rare qu’elle se fait alpaguer dans les allées par de parfaits inconnus à l’œil vicelard, le cheveu gras et l’objectif phallique qui leur proposent le plus naturellement du monde de poser nue pour eux au détour du stand Canon. Si rare que, dans ce salon, tout s’adresse aux mâles virils et, comme l’homme est un beauf pour l’homme, on lui met des voitures rutilantes et des grosses motos à photographier qui viennent remplacer les filles dénudées et trop maquillée des années précédentes (enfin, heureusement qu’on lui voit les seins à celle de l’affiche quand même, non mais, il manquerait plus qu’elle soit en col roulé).

Ensuite, parce que la femme hétéro égarée là-bas ne peut que remettre en question son orientation sexuelle : elle est horrifiée par ce qu’elle voit. Ces hommes ne sont pas sélectionnés à l’entrée mais, pourtant, ils sont tous laids, vieux, bigleux, ventripotents, boiteux, aux dents noires et tordues, à l’haleine fétide, à la lèvre baveuse, gâtés par la nature d’une asymétrie prononcée et de problèmes d’élocution, harnachés de sacs à dos, de bananes et de matériel, tout de Quechua vêtus, comme si l’Anapurna les attendait rue Vaugirard. C’est moche à dire, mais c’est moche à voir.

IMG_2044Enfin, parce que la femme elle-même ne sait plus ce qu’est une femme. Intégrées au groupe des photographes en herbe, elles se mettent à leur ressembler étrangement, et ça fait froid dans le dos : coupes courtes, look de randonneur, on ne sait plus si l’on doit dire Monsieur ou Madame, alors on regarde ailleurs, on regarde les jolies photos, et on espère que, dehors, le monde conserve des bribes de beauté.

Genius tip : Toi qui as déjà raté les rencontres avec Sebastião Salgado et Cédric Klapisch (on ne sait pas trop ce qu’il faisait là à part la promo de son film d’ailleurs), viens quand même demain écouter Raymond Cauchetier et regarder ses photos. N’aies pas froid aux yeux et, tu verras, c’est quand même sympa le Salon de la Photo.

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